Comment parler de son handicap auditif avec succès en entretien d’embauche ?

Comment parler de son handicap auditif avec succès en entretien d’embauche ?

Décrocher un entretien d’embauche, c’est une superbe nouvelle mais c’est aussi stressant ! Alors quand en plus, on pimente la chose avec un déficit auditif… C’est tout un challenge. A relever bien sûr !

Dans ma vie professionnelle, j’ai passé une multitude d’entretiens pour des stages et des emplois, en France et aussi à l’étranger, pour des postes cadre en grande partie. Je me suis souvent demandée si je devais parler de mon handicap auditif en entretien.  J’avais peur d’être discriminée à cause de mon handicap face à d’autres candidats bien entendants. Mais d’un côté c’est aussi une partie de mon histoire que j’avais envie de partager.

Après plusieurs essais, j’ai trouvé ma méthode pour évoquer simplement mon handicap en entretien d’embauche. Et je vous le confirme : oui, c’est possible de décrocher un super job en assumant son handicap ! Et je déconseille même de ne pas parler de son handicap.

Il faut en avoir conscience : un handicap, dans l’inconscient collectif, c’est souvent perçu comme une faiblesse. C’est tristement dommage et totalement FAUX, mais la population handicapée est souvent rangée dans cette corbeille. J’ai lu ce témoignage d’une maman malentendante qui m’a beaucoup attristé mais qui reflète une fâcheuse réalité.

Et pourtant, faire briller votre handicap en entretien, c’est tout à fait possible. Cela demande juste un peu de préparation et de bon sens.

Alors comment provoquer l’effet “wahou” et casser les préjugés de votre interlocuteur ? Je vous dévoile mon stratagème dans cet article pour réussir son entretien d’embauche avec un handicap (qui n’en est pas toujours un) !

Allons-y étapes par étapes. Je vous préviens à l’avance, il n’y a pas de “bonne réponse” car chaque cas est particulier et c’est vraiment à vous de vous adapter à la situation et à vos interlocuteurs.

Dois-je préciser sur mon CV ou ma lettre de motivation que j’ai un handicap ?

Pour moi, la réponse est clair : non. Votre CV et votre lettre de motivation parlent avant tout de vos expériences professionnelles, de votre formation, de vos intérêts personnels. Je ne vois vraiment pas l’intérêt de préciser sur le CV que vous avez un handicap.

Certains vous diront, “Mais si fais-le, la discrimination positive, c’est tendance !”. Hmm hmm? Ou bien encore, “si, ton employeur doit le savoir, sinon tu risques de perdre ton temps”. Je suis plutôt d’accord qu’il faut en informer l’employeur, mais pas à l’étape du CV. Le mieux c’est en face à face !

Imaginez, que la RH en question, en charge de sélectionner les CVs, n’ait jamais rencontré de malentendants. Elle aura un jugement basé sur des aprioris, qui ne sera peut être pas super positif. Le risque de finir dans la pile de CVs qui tombe aux oubliettes est bien trop élevé, ne le prenez pas !

A quel moment parler de son handicap auditif en processus de recrutement ?

Parler de son handicap avant le premier entretien, seulement si c’est vraiment nécessaire

Premier cas : vous décrochez un entretien, on vous convoque en face à face. C’est parfait ! Dites simplement “merci et à bientôt”. Vous évoquerez votre handicap en entretien. Comme ça votre interlocuteur n’aura pas le temps de se construire des aprioris quant à votre candidature !

Deuxième cas : on vous propose un premier entretien RH téléphonique de 15-20 mn. Dans ce cas-là, j’ai rarement eu besoin de préciser que j’étais malentendante. Bien souvent, ce sont des questions courantes du type présentez-vous, quelle disponibilité, quel niveau de salaire… Je mets simplement mon casque audio et je demande de répéter si besoin.

Troisième cas : on vous propose un entretien téléphonique en anglais avec le futur manager. Aïe là, ça coince pour moi. Pour beaucoup de malentendants, une conversation téléphonique, en langue étrangère, peut être une étape difficile. En français, je me débrouille plutôt facilement, avec un casque et dans un endroit calme. Mais en anglais, avec des accents divers, là ça devient compliqué, même pour des entendants !

La première fois, ça a été catastrophique. L’accent étranger était tellement fort, qu’en ajoutant en plus mon handicap, on ne se comprenait pas. C’était vraiment comme si on me parlait chinois. Je lui ai dit que j’étais désolée, que je ne comprenais pas très bien au téléphone à cause de mon handicap. L’entretien s’est terminé sur une “gêne”, et je n’ai jamais eu de nouvelle de l’entreprise. 

La deuxième fois, j’ai senti une fausse note. J’ai accepté un entretien skype, sans vidéo, avec deux personnes. L’entretien se passait plutôt bien, jusqu’à ce que je bute sur une question. Impossible de comprendre le mot “boss”. Je leur ai fait répété plusieurs fois et j’ai finis par leur dire que j’avais un handicap. Je ne voulais pas qu’ils pensent que ça vienne de mon niveau d’anglais qui est très bon. Mais j’ai senti une fausse note et par la suite? l’entreprise m’a dit qu’ils n’avaient pas ouvert ce poste.

La troisième fois, j’ai rattrapé le coup. L’entretien se passait bien, jusqu’à ce que là encore je bute sur une question, impossible de comprendre le mot “hour”. Mon interlocutrice a fini par trouver un synonyme heureusement ! Une fois l’entretien terminé, je lui ai écrit un message, pour m’excuser de ma mauvaise compréhension pendant l’entretien mais que voilà, malgré toute ma bonne volonté et ma motivation pour l’entreprise, j’étais malentendante. Par chance, je suis tombée sur une personne bienveillante qui m’a tout de suite dit, “Oh c’est moi qui suis désolée, j’aurai dû être plus clair ! Si vous souhaitez revenir sur un point, n’hésitez pas à me poser des questions” et j’ai décroché un second entretien.

Ces trois expériences m’ont fait réalisé que par trois fois j’ai surestimé mes capacité et que j’ai voulu cacher mon handicap. L’erreur ! Car prise en “flagrant délit”, je me suis sentie stupide et déstabilisée. Je n’ai donc pas raté ces entretiens à cause de mon handicap, mais plutôt parce que je refusais d’en parler.

Sans le vouloir, j’ai créé une situation gênante pour moi et pour mon interlocuteur. C’est exactement comme annoncer fièrement que tu as préparé une superbe tarte aux pommes avec pâte feuilletée maison que tu as mis 2h à faire et que ton invité te dit “je suis désolé mais je suis allergique au gluten”. La situation est gênante car tu te sens bête de ne pas avoir poser la question des allergies…

La leçon que j’ai retenue : si vous sentez que le contexte d’entretien peut vous handicaper, dites-le pour éviter de créer une situation gênante qui vous déstabilisera. Vous n’avez absolument rien à perdre étant donné que vous avez déjà décroché l’entretien. Et vous passerez l’entretien avec une pression en moins, sans avoir peur de ne pas comprendre une question et d’être gêné(e) de faire répéter plusieurs fois.

Alors la quatrième fois qu’on m’a proposé un entretien téléphonique avec deux managers, je me suis affirmée et j’ai fais preuve d’humilité. “Je vous confirme ma disponibilité pour l’entretien téléphonique. Je voudrai cependant préciser que je suis malentendante. En effet, je porte des aides auditives et par conséquent le son de l’ordinateur n’est pas parfaitement audible pour moi. Je serai donc amené à vous faire répéter. Merci d’avance pour votre compréhension.” Et j’ai eu le droit à un skype avec vidéo, avec deux interlocuteurs qui parlaient calmement et distinctement. Ils m’ont même proposé de bloquer 30 minutes de plus pour l’entretien (un peu comme un tiers temps). L’entretien s’est super bien passé !

Mon conseil : si vous ressentez le besoin de communiquer sur votre handicap avant le premier entretien, expliquez simplement votre besoin et n’hésitez pas à demander des aménagements, comme l’ajout de la vidéo sur un skype !

Parler de son handicap pendant l’entretien, le graal

Parler de son handicap pendant un entretien, c’est ma situation favorite car ça permet de créer une situation de surprise que tu peux aisément tourner à ton avantage. C’est la carte à jouer pour prouver que tu es une personne battante, résiliente, à l’écoute… et encore bien d’autres qualités qu’un handicap peut t’apporter. C’est une façon de se différencier de la concurrence et ça peut vraiment payer !

La première fois, je me suis fait avoir. C’était mon deuxième entretien d’embauche et à l’époque je ne savais pas du tout comment parler de mon handicap pendant un entretien.

L’entretien se passe très bien, on arrive dans les dernières minutes et là le RH me prend par surprise : “avez-vous un handicap ?”. Moi, surprise du coup :”heu oui, je suis malentendante, mais pourquoi me posez vous la question ?” Sous-entendu, “ça se voit tant que ça ?”. Et là, il me sort “selon une étude blablabla, si vous posez la question, avez vous déjà eu envie de vous suicider en psychiatrie, vos patients auront plus de chance de vous dire la vérité que si vous leur poser la question d’une façon détournée”. Génial, il est en train de me dire qu’il fait un test de psychanalyse ?

Bon clairement, même si sa question partait d’un bon sentiment, la réponse ne semblait pas être celle qu’il attendait. J’ai tout de suite senti qu’il aurait préféré que je réponde “non” pour avoir le job. Pour le coup, pas de chance, je suis tombée sur un recruteur avec des aprioris.

Après cet échec, j’ai décidé de me préparer à cette question du handicap, en la formalisant ainsi : en quoi mon handicap est un point fort ? Et j’ai trouvé multitudes de réponses et de manière de l’évoquer positivement en entretien.

Premier exemple.

En cours d’entretien, tout se passe très bien. Ayant fait des recherches sur mon interlocuteur, j’ai vu qu’il jouait au rugby, ça tombe bien car moi aussi ! Je cherche donc à évoquer ce sujet lorsqu’il me pose la question “Quelles sont vos valeurs ?”, je réponds “l’esprit d’équipe”, et je développe “je l’ai beaucoup appris au rugby, car au rugby si vous n’avancez pas en équipe, vous vous retrouvez seul face à l’adversaire et vous finissez au sol”.

Et là bingo, il s’intéresse au rugby en me demandant quel poste je jouais. Je lui réponds “demi d’ouverture et en plus pour anecdote, je suis malentendante donc je n’ai jamais entendu le sifflet, mais ça ne m’a pas empêchée d’être élue meilleure joueuse du match”. Et là re-bingo ! Vous apportez une touche d’humour, de l’humilité, votre esprit d’équipe, votre esprit combatif et vous lui donner l’info que vous avez un handicap. C’est vraiment bien passé et après je lui ai en effet parler de mon handicap, en le rassurant, que ça ne m’a jamais empêcher de faire ce que je voulais, que je sais m’adapter sans problème (et je continue à marquer des points…) !

Deuxième exemple.

L’entretien était plutôt difficile et je sentais que le manager voulait savoir ce que j’avais dans le ventre. Ça n’a pas loupé lorsqu’il m’a demandé “qu’est ce qui me prouve que vous êtes une personne combative ? Que vous avez la niac ?” Et là, je le regarde droit dans les yeux, je sors ma carte “Voilà, je suis malentendante, j’ai un handicap. Tous les jours, je dois faire des efforts pour être au top niveau communication, c’est mon combat quotidien et je n’ai jamais revu mes ambitions à la baisse à cause de ce handicap. J’ai appris à ne jamais abandonner et à aller toujours de l’avant, qu’importe la difficulté et je vous le prouve en étant là aujourd’hui”. Et là, c’est gagné, je vois dans ces yeux que j’ai crée l’effet wahou. Il me demande “mais pourquoi n’avez vous rien dit ?”. Je réponds “Parce que quand je l’annonce, une personne peut avoir de la pitié et ce n’est pas le sentiment que je veux créer car ce handicap, c’est ma force. Donc je l’annonce quand c’est opportun.” Et là bam, j’ai eu le job.

Dans les deux exemples précédents, j’ai réussi à sortir ma carte au bon moment et à tenir le discours que je voulais sur mon handicap. J’ai cassé les préjugés qu’on pouvait avoir sur un handicap, en partageant une expérience positive. Bien sûr que c’est un challenge quotidien de vivre avec deux oreilles mordues, mais “ce qui ne tue pas rend plus fort”. Et c’est totalement vrai, les personnes qui ont du “vécu” autre que des paillettes, ont tous une force de vivre qui détonne. Ton handicap, c’est aussi ta force, ne n’oublie pas !

Ces situations n’arrivent cependant pas toujours, alors parfois j’ai joué ma carte handicap à la fin de l’entretien.

Parler de son handicap à la fin du premier entretien, pour finir en beauté

Dans ces quatre exemples, j’ai senti qu’il y avait un peu de pudeur, de distance de la part de mes interlocuteurs et je n’ai pas senti le besoin de sortir mon atout handicap car l’entretien se passait très bien. J’ai donc attendu la fin de l’entretien pour parler de mon handicap. J’ai toujours commencé par “je souhaiterais ajouter quelque chose me concernant”, “je souhaite vous partager quelque chose me concernant”. Cette tournure crée l’effet de surprise et prépare votre interlocuteur à écouter une confidence.

“Je souhaiterais vous partager quelque chose me concernant, voilà je suis malentendante. Ma seule contrainte, c’est que j’ai parfois besoin de faire répéter mes interlocuteurs mais c’est un handicap que je vis très bien”. L’annonce est plutôt sobre mais faite avec le sourire ! Voici les réponses de mes interlocuteurs :

“J’attendais que vous le disiez”. Mon interlocuteur s’en était douté, tout simplement parce que son collègue était lui aussi malentendant ! J’ai donc bien fait de lui en parler car il aurait senti que je cachais quelque chose. Et quand on cache, ce n’est jamais bon signe !

“Oh nous n’avions pas remarqué, c’est vraiment gentil de nous le partager, il n’y a aucun problème pour nous”. La confidence a du bon, vous créer une relation de confiance ! J’ai gardé un très bon contact avec la RH par la suite.

“Oh très bien ! Je me sens bête de vous poser la question mais est ce que vous arrivez à comprendre par téléphone ?” En parlant de votre handicap, cela permet également de rassurer votre interlocuteur et de casser ses préjugés. C’est vraiment tout benef ! Mieux vaut qu’il ose vous posez des questions plutôt que de vous ranger dans la mauvaise corbeille.

“Oh je n’avais pas remarqué ! Ne vous en faites pas pour ça, ça ne changera rien à votre candidature”. J’ai eu le job.

Ne pas évoquer son handicap en entretien d’embauche, l’erreur !

Je déconseille ! Une perte auditive, en entreprise, c’est difficile à cacher. J’ai fait ce choix pour mes deux premiers stages, de ne pas parler de mon handicap. J’avais très peur que ça me ferme des portes pour des opportunités professionnelles. Et à l’époque, ma perte auditive était plus faible donc je pouvais facilement me faire passer pour une personne “dans la lune”. On me disait même “c’est fou comme tu peux rester concentrer en open space” (j’en rigole encore).

Je l’ai beaucoup regretté par la suite. Comme je ne l’avais pas dit en entretien, je n’ai pas osé le dire après le contrat signé, de peur de passer pour une “arnaqueuse”. Et malheureusement, ça a mis un peu de distance avec la relation que j’avais avec mon manager car j’évitais inconsciemment d’avoir trop de discussions avec lui, de peur qu’il le découvre.

En conclusion, parler de votre handicap de vous même en entretien d’embauche

Pour moi, c’est primordial de ne pas chercher à cacher que vous avez un handicap et par expérience, la réaction est vraiment hyper positive quand c’est vous qui amenez le sujet du handicap. Cela montre que vous êtes à l’aise avec votre handicap, vous passez pour une personne forte. Vous aurez en plus l’occasion de mettre en avant vos qualités humaines, de vous différencier des autres candidats.

Poser la question du handicap à votre interlocuteur, cela permet aussi d’avoir un aperçu de ses valeurs. Qui aurait envie de travailler avec une personne si peu ouverte d’esprit et qui n’est pas prête à s’adapter à vous ?

Essayez au maximum d’imposer des entretiens en face à face. Je trouve cela beaucoup mieux de visualiser la personne qui me parle de son handicap. Et on est tous d’accord pour dire qu’il y a ce petit truc en plus lorsqu’on a un entretien physique.

Ne soyons pas naïfs, mais préparés Tant que les entreprises ne seront pas sensibilisées au handicap auditif, certains interlocuteurs resteront sur leur aprioris et auront peur de vous embaucher. Les recruteurs en France sont très en retard sur la gestion de ce handicap en processus de recrutement. Mais il faut faire avec et s’adapter ! Je sais qu’aujourd’hui, en affirmant mon handicap auditif dans ma précédente boite, j’ai participé à la sensibilisation de ce handicap. Ainsi, mon ancien boss et mes collègues seront plus aptes à embaucher une personne en situation de handicap. Mes qualités humaines, ma bonne humeur et ma détermination étaient en effet beaucoup appréciées.

Mais attention, ça se prépare ! Comme toutes autre questions d’entretien d’ailleurs. Sinon, vous risquez de provoquer l’effet “arriver comme un cheveu sur la soupe” ! Je vous conseille de chercher des exemples de situations, d’épreuves que vous avez réussi et ce malgré un handicap. Créez vos success story, racontez une histoire joyeuse ! On est tous fans des athlètes de haut niveaux qui réussissent malgré un handicap. Forrest Gump, c’est fantastique. C’est l’effet wahou ! Commencez par faire une liste des qualités que votre handicap vous a apporté. En plus, ça donne confiance ! Psst, je vous livre la mienne dans cet article.

Et vous, quels sont vos tips pour réussir son entretien avec un handicap auditif ? N’hésitez pas à partager vos retours d’expériences en commentaires !

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